Oui, je suis le rêveur...Poème XXVII du Livre Premier des « Contemplations »Oui, je suis le rêveur; je suis le camarade Des petites fleurs d'or du mur qui se dégrade, Et l'interlocuteur des arbres et du vent. Tout cela me connaît, voyez-vous. J'ai souvent, En mai, quand de parfums les branches sont gonflées, Des conversations avec les giroflées; Je reçois des conseils du lierre et du bleuet. L'être mystérieux, que vous croyez muet, Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire. J'entends ce qu'entendit Rabelais; je vois rire Et pleurer; et j'entends ce qu'Orphée entendit. Ne vous étonnez pas de tout ce que me dit La nature aux soupirs ineffables. Je cause Avec toutes les voix de la métempsycose. Avant de commencer le grand concert sacré, Le moineau, le buisson, l'eau vive dans le pré, La forêt, basse énorme, et l'aile et la corolle, Tous ces doux instruments, m'adressent la parole; Je suis l'habitué de l'orchestre divin; Si je n'étais songeur, j'aurais été sylvain. J'ai fini, grâce au calme en qui je me recueille, A force de parler doucement à la feuille, A la goutte de pluie, à la plume au rayon, Par descendre à ce point dans la création, Cet abîme où frissonne un tremblement farouche, Que je ne fais plus même envoler une mouche! Le brin d'herbe, vibrant d'un éternel émoi, S'apprivoise et devient familier avec moi, Et, sans s'apercevoir que je suis là, les roses font avec les bourdons toutes sortes de choses; Quelquefois, à travers les doux rameaux bénis, J'avance largement ma face sur les nids, Et le petit oiseau, mère inquiète et sainte, N'a pas plus peur de moi que nous n'aurions de crainte, Nous, si l'oeil du bon Dieu regardait dans nos trous; Le lys prude me voit approcher sans courroux, Quand il s'ouvre aux baisers du jour; la violette La plus pudique fait devant moi sa toilette; Je suis pour ces beautés l'ami discret et sûr Et le frais papillon, libertin de l'azur, Qui chiffonne gaîment une fleur demi-nue, Si je viens à passer dans l'ombre, continue, Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon, Il lui dit: Es-tu bête! Il est de la maison. Victor HUGO |
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Le chat et le soleilLe chat ouvrit les yeux, Le soleil y entra. Le chat ferma les yeux, Le soleil y resta.
Voilà pourquoi, le soir Quand le chat se réveille, J'aperçois dans le noir Deux morceaux de soleil. Maurice CARÊME |
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Ce matinCe matin Tout est blanc Tout est gai Tout pétille Les bonhommes de neige Dans les jardins jeunes mariés Allument heureusement leur pipe Au briquet du soleil. Gilles BRULET |
L'oiseau voyouLe chat qui marche l'air de rien voulait se mettre sous la dent l'oiseau qui vit de l'air du temps oiseau voyou oiseau vaurien
Mais plus futé l'oiseau lanlaire n'a pas sa langue dans sa poche et siffle clair comme eau de roche un petit air entre deux airs.
Un petit air pour changer d'air et s'en aller voir du pays un petit air qu'il a appris à force de voler en l'air
Faisant celui qui n'a pas l'air le chat prend l'air indifférent. L'oiseau s'estime bien content et se déguise en courant d'air. Claude ROY |
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Hirondelles
Se posent-elles légères Sur les fils téléphoniques Avec des airs ironiques ?
Elles font ça pour se distraire Et pour occuper les enfants Qui sages comme des images Restent le nez levé en l'air A écouter le bavardage Des hirondelles sous l'auvent. Claude ROY |
Aubade de MagaliExtrait de « Mireille »O Magali, ma bien-aimée, Mets la tête à la fenêtre ; Écoute un peu cette aubade De tambourins et de violons. Le ciel là-haut est plein d’étoiles, Le vent est tombé. Mais les étoiles pâliront Quand elles te verront !... Frédéric MISTRAL |
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J'ai misJ’ai mis dans ma gibecière mes collines, mes châteaux, mes églises, mes rivières, mes prairies, mes chevaux. Je me suis noué au cou un foulard de pleine lune dans ma poche ai mis un bout de pain et deux ou trois prunes. J’ai chaussé mes gros souliers pris mon chapeau de tempête et je me suis en allé esprit clair et coeur en fête. J’irai jusqu’au bout du monde et je rentrerai chez moi si la terre est vraiment ronde le bout est derrière toi. Arthur HAULOT |
NeigeSur la musique du silence Dansent, dansent les flocons blancs Qui se balancent Et qui s’en vont Tisser une douce couverture Pour la terre qui s’endort Sur la musique du silence Dansent, dansent les flocons blancs. Jacqueline MÉRIOT |
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